POETE, PEINTRE, AGENT DES MESSAGERIES MARITIMES

"Quand mon souvenir viendra dans vos paroles, Faites lui bon accueil."

Quelques Poèmes

Tableaux

Qui est

Louis Brauquier ?

Photos

Hymne à la Provence

Quelques Poèmes

Tableau, Pomone ou l’oisiveté de l’Etre,

 

Âmes – Hivernage – 1978 – Saint-Mitre  

 

Un souffle, qui ressemble à une âme et s’attarde,

Se perd en traversant le figuier de Pomone.

∞ ∞∞

Ira-t-il animer le corps sans souvenirs

D’un de ces hommes que j’ai parfois rêvé d’être ?

-    Capitaine au grand cabotage interinsulaire

Qui bâtit ses amers sur des rades foraines

Au-dessus des hauts-fonds qu’il est seul à connaître,

Et s’éveille, la nuit, pour des hauteurs d’étoiles,

-    Coprah-maker sur une île mélanésienne :

Le ressac et la danse éternelles des palmes ;

Mais le vapeur ne reviendra que dans deux mois ;

-    Consul oublié dans une cité interdite ;

-    Archéologue inventeur de villes sous les sables

Où sont peintes des jeunes filles un peu folles ;

-    Explorateur polaire et mourir comme Scott.

Ou encor, dans son paradou, cet homme sage,

Qui parle aux dieux et se fait aimer des abeilles,

Dort à la méridienne et s’habitue à la

Tombe qu’il va construire au fond de son verger

Jusqu’à ce que l’envie lui vienne de s’y étendre.

∞ ∞∞

Un lézard pâle me regarde sur la terrasse

Hors les murs, au pied de Saint Mitre les Remparts ;

Dans ma mémoire, un wallabi, fauve et léger,

Saute, de nuit, une piste du « bush » australien.

∞ ∞∞

Et, jadis, j’ai trouvé refuge dans une pierre.

∞ ∞∞

En vérité, j’aimerais renaître dans un arbre,

Que pilleraient de jeunes femmes élevant,

Vers le fruit, avec leurs bras blancs, des mains gourmandes.

L’hiver, je me rencognerais dans mon écorce.

Et peut-être au printemps, sentirais-je bouger

En moi, un corps divin d’oréade endormie.

∞ ∞∞

Mais saurais-je si touchent encor des vivants

Les signes d’amitié que je laisse sur terre ?

Tableau, chapelle Saint-Michel,

Le visiteur imaginaire – Hivernage - 1978 

 

Cette branche de vigne vierge qui s’allonge

De la treille, à l’angle de la porte-fenêtre,

Elle brise parfois, quand la brise se lève.

∞ ∞∞

Et soudain, aux dépens de mes songes,

Je crois que quelqu’un de vivant s’approche et va frapper

A ma vitre, avec un sourire d’amitié

Ou de tendresse.

∞ ∞∞

Mais, d’un lent balancement

Le visiteur reprend sa forme végétale,

Dans le silence et l’absence de l’été vide.

Tableau, Neige sur le Vieux Port (Marseille)

Feu d’épaves - 1970 

 

C’est un hiver, ancien déjà, de Rive-Neuve.

∞ ∞∞

Dans l’atelier glacial j’ai peint de couleurs graves

Le Vieux-Port vert de Chine, un ciel gris, des maisons

Grises avec de la neige sur les corniches,

Sur les toits de l’Hôtel-Dieu, de l’Hôtel de Ville,

Le clocher des Accoules et les embarcations

∞ ∞∞

De plaisance rangées, sages, le long des pannes,

En attendant le dégel – ou la fin du monde –

Et que sortent les pêcheurs bleus des bars opaques,

Nous ne savions pas trop quoi faire de ce froid.

J’ai tenté de l’utiliser sur cette toile.

Tableau Le banc de Pascal, Saint-Mitre

Figues de septembre – Hivernage – 1978 

 

Quand la figue veut être cueillie, elle se penche

Au ras de sa branche et fait sa perle ;

Pareille à l’amoureuse nue aux seins gonflés,

Lovée entre les bras de son amant qui la désire,

Dans le ravissement des pudeurs confondues.

∞ ∞∞

C’est un plaisir délicat, celui de cueillir,

A l’aube fraîche, les dernières figues de septembre,

Quand les oiseaux n’en veulent plus, ni les abeilles,

Et qu’elles sèchent, douces d’être abandonnées.

Elles savent qu’elles entrent dans le sommeil

Des sèves, que les feuilles vont disparaître,

Sur les branches noires et nues contre un ciel gris,

Pour une longue attente en un silence obsur.

Et que maintenant nous allons les aimer

Dans leur absence et les promesses incertaines

D’un printemps que nous ne verrons peut-être pas

Que gardent la déesse et ses oiseaux muets.

Tableau, Plan Fossan Saint-Mitre les Remparts

Saint Mitre les Remparts - Hivernage - 1978 

 

CERTAINS voudraient que je cultive cette terre

Où poussent en désordre et l’olivier et l’amande,

Les figuiers pareils à des animaux anciens,

Pleins de mémoire, dont les rêves touchent le ciel ;

Que je sème des plantes utiles, vivrières,

Des tomates, de l’ail, des oignons rouges, blancs,

Pour les soupes de paysan que je me fais,

Parfois, quand l’hiver s’épaissit au crépuscule ;

∞ ∞∞

Que je me baisse vers elle.

∞ ∞∞

Mais je suis vieux,

Et j’aime l’abandon sur quoi veille, indulgente,

La déesse qui n’oublie pas les temps fertiles

Tableau, Avenue du Prado, printemps du cèdre

Le ciel changeant - Feux d’épaves - 1970 

 

Combien d’années, de mois, de jours, d’instants fragiles

Pourrai-je voir encore, avec mes yeux mortels,

Le ciel changeant tourner au-dessus de ma ville ?

∞ ∞∞

Mais avant le caveau et la terre battue,

La pierre de la tombe et son poids inutile,

Se sera libérée cette essence légère,

 

Cette amicale transparence de nuage

Dérivant vers la mer, cette pâle fumée

O anonyme, ce brouillard sur le Vieux-port

Vague, irréel, pareil aux rêves oubliés,

Qui font changeant le ciel au-dessus de ma ville.

Tableau, Dalhia et saladelle sur le Pourra

La gare désaffectée de Lavalduc - Hivernage – 1978 

Migrateurs, des oiseaux se posent sur l’eau morte

Devant la petite gare de Lavalduc abandonnée.

Je l’ai connue ferroviaire,

Et jeune, avec ses carreaux vifs de céramique rouge,

Traversée volontiers de trains allègres,

Sur la ligne du littoral vers Miramas.

Alors, émues soudain, tintaient des sonneries,

Un beau chef de gare sortait, drapeau en main,

Assurant sa casquette. Il faisait des signaux

Amicaux aux gars noirs de la locomotive,

Et aussi à tous les voyageurs enchantés.

Il donnait de l’eau à la machine, accueillait

Trois colis sur son quai, puis sifflait le départ ;

Et ils se séparaient, contents les uns des autres.

Maintenant, les fenêtres béent, les volets tombent ;

Personne n’a envie d’entrer, les prtes manquent

Et les vitres, à travers lesquelles regarder

L’étang saumâtre, deux mas ruineux les pieds dans l’eau,

Et l’aqueduc rompu d’avoir perdu les sources.

La vallée est déserte où, pourtant, encore luisent

Les rails, qui parfois s’animent sous le tonnerre

D’un express dévié qui ne s’arrête pas.

Tableau, Martigues, Port de Lavéra

Ces navires rayés du contrôle des flottes - 

Ces navires rayés du contrôle des flottes,

Ils naviguent toujours dans notre souvenir

A Port-Saïd, le Marnix-Van-Sant-Aldegonde

Un matin blanc et bleu – il prenait le canal.

Dans la fraîcheur de l’air, parfois, mêlé au sel,

Un relent de mazout dérivait des citernes.

Ce n’est pas à Trincomalee, c’est à Penang ;

Je me souviens du Merchant-Prince,

De ses lascars dorés aux longs yeux décevants.

Le vieil El-Kantara, je l’ai connu dans ma jeunesse ;

Il faisait, épuisé, un dernier tour du monde.

A Diégo,l’Helena-Phangopolous, affreux rafiot.

Nous l’appelions « Hélène », et j’aurais pu

Rêver longtemps, au-delà des tôles rouillées

Et de ses treuils en panne, à quelque dame grecque.

Mais, jamais rencontrés, sinon entre les pages

Du Lloyd’s register, ce Cap-des Palmes si beau,

Qui se reflète au miroir plat d’un golfe triste,

Ou, cueillie, jadis, en poupe d’une maquette,

Sous la vitrine d’une agence à Cristobal,

Et que, depuis je n’aurai pas cessé d’entendre,

Pareille au lent ressac sur les plages obscures

D’une invisible mer, grandiose, inlassable,

La nocturne lueur de l’Arandora-Star.

Tableau, Le Pourra vu du champ

L’Entoulen – Hivernage – 1978 

 

Tous ces sentiers qui disparaissent dans les collines

Je les ai négligés quand j’étais anxieux

De savoir où allaient les grandes routes blanches.

∞ ∞∞

Elles m’ont entraîné jusqu’au bout de la terre

Et ramené ici au pied de ces collines

Qui s’élèvent toujours vers des hauteurs de ciel.

Maintenant, je le sais, je n’aurais plus le temps

D’aller voir où s’en vont ces sentiers qui s’enfoncent

A travers les forêts de pins et de clairières

De lavande et de thym et les routes romaines

Vers d’anciennes maisons abandonnées des hommes,

Des bergeries dont les toits croulent en silence,

Que les pluies effacent, près desquelles des puits

Dorment, ou la douceur inutile des sources

Sous les platanes devenus sauvages et si fiers !

∞ ∞∞

Paradous, paradis de l’enfance perdue

Que je cherche trop tard dans le temps mesuré

A l’homme qui revient, son voyage accompli,

Par l’ombre des saisons qu’il ne reverra plus.

Feux d’épaves 1979

Louis Brauquier 

 

« Activité inutile, désuète, foncièrement inexacte

Et difficile par-dessus le marché.

Ecartée toute idée de lucre : on peint pour inventer.

Ou peut-être parce que la toile le veut.

A mesure, d’ailleurs, croissent ses exigences.

Pour elle,

Tels les dieux maladroits des genèses,

L’homme crée, à son tour, la lumière et le ciel,

Les arbres et les eaux, les nuages, les ombres,

Les jardins et, parfois,

Un petit être humain, dont il se croit responsable.

Frénétique et patient, il écrase des tubes,

Mélange des couleurs et gratte sa palette.

Il s’en met sur les mains comme sur la chemise,

Dans les cheveux aussi, et pense qu’à ce prix

Il doit découvrir la réalité du monde.

Il jure, car il va se chercher des problèmes.

Il souffre, car il ne sait pas s’il va réussir.

Il ne sait jamais s’il a réussi.

Il ne réussit jamais.

Il est heureux. »

Louis Brauquier Poète et peintre marseillais et grand voyageur Louis Brauquier Poète et peintre marseillais et grand voyageur Louis Brauquier Poète et peintre marseillais et grand voyageur Louis Brauquier Poète et peintre marseillais et grand voyageur